Pré­si­den­tielles 2012, place aux z’analystes !

C’est après avoir écou­té l’émission de La-bas si j’y suis (France Inter – D. Mer­met, voir ici et ) du 11 avril 2012 que je me décide à ouvrir ce billet. Le titre de cette émis­sion était : « Les finan­ciers au coin du bois ». Titre allé­chant pour ce repor­tage de Fran­çois Ruf­fin, qui une fois encore, mouille sa che­mise pour aller voir « de près » un n’analyste…L’objet du délit ? Une note des ana­lystes de Che­vreux, datée du 8 mars 2012… Que pensent-ils du pro­gramme poli­tique de Fran­çois Hol­lande ? Une note édi­fiante, froide, mais somme toute assez hon­nête, ana­lyse les scé­na­rios de la pré­si­den­tielle de 2012 et montre à quel point les mar­chés impo­se­ront à la France les poli­tiques de réforme vou­lues par les inves­tis­seurs, quel que soit le résul­tat des élec­tions. La gauche socia­liste n’a-t-elle pas la res­pon­sa­bi­li­té, au mini­mum, de dénon­cer ces méca­nismes ?

Cheu­vreux ?

Mais c’est quoi Cheu­vreux ? Oui, il faut bien expli­quer, car tout cela est si com­plexe… enfin pas tant que ca… Autant reprendre la page Wiki­pé­dia consa­crée :

CA Cheu­vreux est la socié­té de cour­tage euro­péenne du groupe Cré­dit Agri­cole, filiale de CA-CIB, la banque de finan­ce­ment et d’investissement du groupe. Son équipe de recherche compte 115 ana­lystes et éco­no­mistes cou­vrant de 760 valeurs, en Europe et au Moyen-Orient et a été clas­sée 1ère équipe de recherche en Europe conti­nen­tale par le maga­zine finan­cier amé­ri­cain Ins­ti­tu­tio­nal Inves­tor en 2008. Sa gamme de ser­vices d’exécution et de sales tra­ding couvre 60 mar­chés en Europe, Amé­rique du Nord, Afrique du Sud et Moyen-Orient. CA Cheu­vreux compte 15 bureaux dans le monde. (Source : Wiki­pe­dia)

Autant dire que ces z’analystes-là, c’est pas des ama­teurs. Ils savent de quoi ils parlent. Je le dis sans arrière-pen­sée.

Or, donc, de quoi parle leur fameuse note, elle même citée par un article récent de l’économiste Jacques Sapir dans Mariane 2 ? Elle est tout d’abord des­ti­née aux inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels anglo-saxons. Ces der­nier manquent en réa­li­té de visi­bi­li­té sur les pro­grammes poli­tiques des can­di­dats, et pour cause : nous assis­tons aujourd’hui à l’une des cam­pagnes pré­si­den­tielles les plus vides de la Cin­quième Répu­blique, avec deux can­di­dats en tête qui se refusent à avan­cer le moindre éclair­cis­se­ment sur la poli­tique éco­no­mique qu’ils envi­sagent. A cause de ce flou per­ma­nent, qui mani­fes­te­ment gêne les inves­tis­seurs, il est donc deman­dé aux ana­lystes de bien vou­loir dérou­ler les scé­na­rios pos­sibles. De cette note, en par­ti­cu­lier de l’article de N. Doi­sy, il y a au moins 4 affir­ma­tions que nous pou­vons tirer :

  • Le main­tien de la zone euro condui­ra « méca­ni­que­ment » dans un très court terme (juste après les élec­tions, en réa­li­té) à la libé­ra­li­sa­tion du mar­ché du tra­vail et à l’accroissement des réformes sociales et éco­no­miques enta­mées depuis plus de 5 ans ;
  • Dans ce contexte, le can­di­dat socia­liste au pré­si­den­tielles 2012, Fran­çois Hol­lande devra cla­ri­fier la poli­tique de réformes qu’il sera obli­gé de mener, en contra­dic­tion évi­dente avec son pro­gramme « irréa­liste » actuel ;
  • Les argu­ments de Fran­çois Hol­lande sont avant tout des argu­ments élec­to­ra­listes pro­té­geant à la fois la réserve de voix cen­tristes et celle des gauches, et qui, s’il reflé­taient les contraintes euro­péennes qui s’exercent et s’exerceront sur la poli­tique inté­rieure fran­çaise (quel que soit le can­di­dat élu), détour­ne­raient les voix socia­listes vers d’autres can­di­dats (on note­ra qu’il est très peu ques­tion du Front de Gauche dans cette note des ana­lyste de Cheu­vreux);
  • Enfin, et c’est pour­quoi nos ana­lystes rédigent en anglais, d’une manière ou d’une autre les mar­chés finan­ciers for­ce­ront la France à pro­cé­der à ses réformes dans la pers­pec­tive de l’élection de Hol­lande comme de Sar­ko­zy. Ceci est à mettre en pers­pec­tive avec une annonce pas­sée lit­té­ra­le­ment inaper­çue, selon laquelle l’European Exchange (Eurex) ouvri­ra un contrat per­met­tant la spé­cu­la­tion sur les emprunts d’Etat fran­çais (en clair : per­mettre de spé­cu­ler sur la dette de la France), le 16 avril pro­chain, soit juste avant les deux tours des élec­tions pré­si­den­tielles, comme un heu­reux hasard… (voir ici).

Vous trou­ve­rez donc ci-des­sous la note en ques­tion, que j’ai pris sur moi de tra­duire rapi­de­ment (vu l’heure qu’il est et la fatigue aidant…). Nous voi­là pré­ve­nus !

Christophe

Fram(hack)tiviste, je fais du vélo et je mange des châtaignes.