Choi­sir ses lunettes pour le trail

La ques­tion des lunettes est un sujet peu débat­tu dans la com­mu­nau­té des trai­leurs. En fait, on consi­dère à juste titre que des lunettes « de sport » sont indis­pen­sables en trail, mais lorsqu’il s’agit de trou­ver des solu­tions fiables pour les trai­leurs myopes ou pres­bytes, les maga­sins de sport font plu­tôt grise mine. Résul­tat : je vois sou­vent des cou­reurs équi­pés de mon­tures très clas­siques, géné­ra­le­ment de simples solaires à leur vue (lorsqu’ils en ont) mais je parie mon ber­mu­da que le choix ne leur appar­te­nait pas vrai­ment. La moyenne d’âge en trail étant plu­tôt éle­vée, avec des contraintes de ter­rain spé­ci­fique, le choix des mon­tures et des verres ne peut pas être pris à la légère.

Lunettes et opti­ciens

Tous les sports ont leurs lunettes et les maga­sins spé­cia­li­sés ne manquent pas d’imagination pour offrir des gammes plus ou moins recher­chées. Mais c’est seule­ment chez l’opticien qu’un spor­tif qui a besoin de verres cor­rec­teurs devra se rendre. Tout l’enjeu est ensuite de savoir allier la cor­rec­tion, la forme de la mon­ture, la colo­ra­tion et la qua­li­té des verres. Il faut le savoir, tous les opti­ciens ne sont pas fran­che­ment por­tés sur le sujet. Car, au final, ce que veut le spor­tif est une com­bi­nai­son spé­ci­fique qu’il est dif­fi­cile d’offrir : l’opticien n’a pas grand inté­rêt à col­lec­tion­ner des stocks de mon­tures spor­tives qu’il aura du mal à vendre et quant aux pos­si­bi­li­tés réelles d’adaptation des verres à tel ou tel type de mon­ture, tout dépend à la fois de ses com­pé­tences et de la connais­sance qu’il a des der­nières inno­va­tions des fabri­cants.

Je vais essayer ici de déter­mi­ner les attentes légi­times des trai­leurs et dis­cu­ter de l’offre. Le prin­ci­pal biais de ce billet est que je pars du prin­cipe que vous allez avoir affaire à un opti­cien sérieux. Donc évi­tez sur­tout les enseignes dis­count, les attrapes-gogo des cinq mon­tures pour le prix d’une, etc. À vous de voir ensuite si votre opti­cien cherche à vous refour­guer du stock ou s’il fera un effort de recherche quitte à com­man­der des mon­tures à l’essai. Bref, pre­nez votre temps et faites faire des devis. Quant aux verres, sachez qu’il n’y a pas que les grands ver­riers qui font de la R&D : votre opti­cien devra savoir, en fonc­tion de votre demande et des contraintes, vers quel ver­rier se tour­ner pour trou­ver les bons verres avec les bonnes spé­ci­fi­ci­tés tech­niques. Par contre, atten­dez-vous, dans ces condi­tions, à y mettre de votre poche, mais le jeu en vaut la chan­delle.

Le poids et la sta­bi­li­té

Tout est rela­tif, bien enten­du, mais le poids doit abso­lu­ment être pris en compte lorsqu’on choi­si des lunettes. À l’essai, il dif­fi­cile de se rendre compte que lors des sor­ties trail, pen­dant plus de 4 heures avec des varia­tions de tem­pé­ra­tures, une paire de lunettes trop lourde est une véri­table tor­ture. Si, en plus, les lunettes ont ten­dance à « tom­ber » sur le nez ou à bou­ger lors des des­centes, cela peut même s’avérer dan­ge­reux. Il suf­fit d’un sol pier­reux, le besoin de redres­ser vos lunettes, un manque d’attention, et vous voyez trop tard la pierre qui vous fera cadeau d’une belle entorse.

L’essai d’une mon­ture se fait géné­ra­le­ment sans les verres cor­rec­teurs finaux. Ceux-ci modi­fie­ront imman­qua­ble­ment le poids total mais de manière mineure (nou­veaux maté­riaux obligent). Pour essayer une mon­ture et s’assurer qu’elle res­te­ra stable pro­cé­dez comme suit :

  • La mon­ture sur le nez, sai­sis­sez très légè­re­ment les tenons de la mon­ture et, par à coup, ten­tez de la faire glis­ser vers l’avant.
  • La mon­ture bou­ge­ra (for­cé­ment) mais son niveau de résis­tance vous don­ne­ra tout de suite une idée pré­cise de sa sta­bi­li­té.
  • Ne vous faites sur­tout pas l’idée que plus les branches serrent votre tête (la grande majo­ri­té des mon­tures spor­tives ont des branches spa­tules), plus elles seront stables. En fait, plus elles serrent moins elles seront confor­tables et vous ris­quez des irri­ta­tions (sueur), voire un sévère mal de crâne.
  • Deman­dez aus­si à l’opticien de s’assurer de cette sta­bi­li­té lui-même : il sau­ra vous don­ner un avis éclai­ré.

Votre confort passe avant l’esthétique de vos lunettes. Si à cette étape vous avez un doute, choi­sis­sez une autre mon­ture. Cet aspect des chose ne souffre aucune dis­cus­sion.

Type et teinte des verres

La ques­tion de la teinte des verres touche aus­si celle du type de mon­ture : vous avez tout inté­rêt à trou­ver une mon­ture avec verres inter­chan­geables. En effet, en tant que por­teur de verres cor­rec­teurs, vous avez tou­jours besoin de lunettes. À mini­ma, il vous fau­dra donc des verres solaires et des verres blancs en cas de mau­vais temps. Dans la plu­part des cas, c’est effec­ti­ve­ment ce qu’on vous pro­po­se­ra, quitte à ache­ter deux mon­tures. Cepen­dant :

  • Un trail, c’est long, et les condi­tions cli­ma­tiques peuvent par­fois chan­ger com­plè­te­ment.
  • La météo ne se réduit pas à « beau temps » et « mau­vais temps » : selon la sai­son et selon l’intensité lumi­neuse, vous ris­quez de regret­ter de n’avoir choi­si que deux types de verres.

Outre la cor­rec­tion (myo­pie, pres­by­tie, etc), l’exigence d’un bon verre des­ti­né à une acti­vi­té spor­tive est d’apporter la meilleure pré­ci­sion pos­sible. C’est pour cette rai­son que la plu­part des lunettes de sport pro­posent d’emblée des verres pola­ri­sés. Il s’agit d’un verre qui sup­prime la lumière issue de la réver­bé­ra­tion sur les sur­faces. Tout type de sol pos­sède un effet de réver­bé­ra­tion plus ou moins impor­tant. La lumi­no­si­té trans­mise par cette réver­bé­ra­tion n’apporte aucune infor­ma­tion lumi­neuse per­ti­nente pour l’image. Par consé­quent, la sup­pri­mer apporte une sen­ta­tion de confort et de repos sans avoir à aug­men­ter l’intensité de teinte du verre. Ain­si, il se déve­loppe de plus en plus des verres pola­ri­sés avec une teinte faible. C’est tout l’intérêt, par exemple, si vous cour­rez par temps cou­vert : vous pou­vez choi­sir de por­ter des verres pola­ri­sés avec une légère teinte jaune, cette der­nière ayant pour effet d’augmenter les contrastes. Et même si vous don­nez l’impression de cou­rir avec des lunettes de soleil par temps cou­vert, il n’en n’est rien : vous cou­rez sim­ple­ment avec des verres adap­tés à votre acti­vi­té.

Mais atten­tion avec les verres pola­ri­sés :

  • En hiver, vous ris­quez de ne pas voir le ver­glas (valable aus­si en voi­ture!),
  • Les écrans de télé­phones por­tables ou de montres sont le plus sou­vent pola­ri­sés et peuvent l’être dans le sens oppo­sé à celui de vos verres. Par consé­quent, vous ris­quez d’y voir du noir et de devoir pen­cher la tête pour résoudre le pro­blème. Mais ce n’est plus vrai­ment le cas pour les verres pola­ri­sés récents : le pro­blème a été pris en compte et ils sont pola­ri­sés dans une direc­tion plus oblique de manière à ne pas cou­per la lumière issue des écrans.

Sui­vant l’intensité, la clas­si­fi­ca­tion des teintes se fait sur une échelle de 0 (faible teinte) à 4 (forte teinte). La classe 4 filtre un peu plus de 90% de la lumière, elle est réser­vée aux uti­li­sa­tions en haute alti­tude, pour les gla­ciers. En trail, les classes à uti­li­ser sont les classes 2 et 3 (en deçà, autant uti­li­ser des verres blancs).

Il est à noter que cer­tains fabri­cants de lunettes de sport (avec ou sans cor­rec­tion) pro­posent des verres pho­to­chro­miques allant de la classe 2 à la classe 4. Pour le trail, l’utilité me semble encore à démon­trer : il faut étu­dier pré­ci­sé­ment la vitesse de réac­tion de ces verres à la lumière (par exemple lors de l’entrée dans un sous-bois en pleine des­cente), bien que l’innovation galo­pante en la matière mérite qu’on s’y attarde un peu.

Les bases de colo­ra­tion (bleu, jaune, vert, gris, etc.) donnent un confort visuel dif­fé­rent en ampli­fiant plus ou moins le contraste ou en conser­vant plus ou moins les cou­leurs.

  • Les verres oranges sont conçus pour aug­men­ter le contraste par temps de brouillard et ciel cou­vert en hiver,
  • Les verres jaunes ont la même uti­li­sa­tion mais sont plus adap­tés pour aug­men­ter le contraste par temps cou­vert sur sen­tiers ou en début de cré­pus­cule (entre orange et jaune, c’est une ques­tion de fee­ling),
  • Les verres tein­tés classe 3 (vert, brun ou gris) sont faits pour les temps enso­leillés.

Essi­lor a sor­ti une gamme assez connue nom­mée Air­wear Sport. Voi­ci ci-des­sous un tableau des dif­fé­rentes teintes dis­po­nibles.

Teintes Essilor
Teintes Essi­lor

Sur le web, vous pour­rez de même trou­ver des ani­ma­tions en flash cen­sées illus­trer les effets de ces teintes. Elles ne sont tou­te­fois pas pro­bantes : les opti­ciens dis­posent géné­ra­le­ment d’un échan­tillo­nage qui vous per­met­tra d’apprécier en fai­sant l’expérience vous mêmes, sachant que rien ne rem­pla­ce­ra l’essai et la per­cep­tion sub­jec­tive.

Enfin, reste la ques­tion du trai­te­ment miroi­té ou non. Là encore c’est d’expérience que je puis par­ler. Cet effet a pour inté­rêt de réflé­chir une par­tie de la lumière, ce qui par­ti­cipe à dimi­nuer encore davan­tage l’éblouissement. J’ai pris le par­ti de le faire appo­ser sur tous mes verres. Il y a aus­si un effet esthé­tique à double tran­chant : cela donne à vos lunettes un effet beach vol­ley qui peu éton­ner les gens lorsque le temps est à la pluie.

Forme des mon­tures

C’est à pro­pos de la forme des mon­tures que le savoir-faire de l’opticien sera le plus mis à l’épreuve. En effet, si la majo­ri­té des mon­tures de sport sont pro­fi­lées pour des rai­sons évi­dentes de confort (vent, cou­ver­ture la plus large pos­sible, évi­ter l’éblouissement, etc), toutes les cor­rec­tions ne peuvent pas s’y adap­ter. C’est l’opticien qui est cen­sé avoir la base de connais­sances néces­saire pour savoir :

  • si votre choix de mon­ture sera com­pa­tible avec votre cor­rec­tion,
  • ou vous pro­po­ser des mon­tures adé­quates par­mi les récentes col­lec­tions des fabri­cants.

Pour vous don­ner une illus­tra­tion, je peux citer l’exemple d’un fabri­cant de mon­tures pro­fi­lées pro­po­sant des adap­ta­teurs (des gas­ket) per­met­tant de pou­voir y pla­cer des verres cor­rec­teurs non gal­bés, ce qui per­met à l’opticien de pro­po­ser un large choix de cor­rec­tions dans une mon­ture gal­bée. Cepen­dant, toute inno­va­tion a ses limites : avec une forte cor­rec­tion myope, c’est le galbe de la mon­ture qui cause le défaut et induit une vision incon­for­table du fait de l’inclinaison du verre pro­vo­quant des aber­ra­tions (le centre optique du verre n’est pas ali­gné avec l’oeil).

Bref, c’est au cas par cas que les solu­tions tech­niques doivent être trou­vées, y com­pris en col­la­bo­ra­tion avec le fabri­cant. Encore une fois, tout dépend aus­si de la bonne volon­té de l’opticien qui, la plu­part du temps, fait ce qu’il peut.

Notez que des verres pro­gres­sifs peuvent tout à fait être mon­tés sur des mon­tures gal­bées.

Mes choix per­son­nels

ros12fuel

Je suis moyen­ne­ment myope et légè­re­ment astig­mate. Mon opti­cienne pré­fé­rée m’a orien­té vers la col­lec­tion de chez Demetz. Je repro­duis ci-contre la fiche d’un pro­duit de leur col­lec­tion ROS, à titre pure­ment indi­ca­tif. D’autres fabri­cants pro­posent diverses solu­tions qui peuvent être mieux adap­tées à votre cas. Néan­moins, je veux juste poin­ter le sys­tème des gas­kets, ici shé­ma­ti­sé, qui per­met de mon­ter des verres cor­rec­tifs sur des mon­tures gal­bées sans pour autant cher­cher des verres trop spé­ci­fiques, et en gar­dant une découpe et une taille de verres qui se raproche des mon­tages les plus clas­sique. Ain­si on aug­mente le choix des verres, puisqu’il est d’autant moins res­treint par les contraintes tech­niques. À titre com­pa­ra­tif, une autre marque connue comme Jul­bo pro­po­se­ra aus­si des verres cor­rec­teurs mais mon­tés par eux et adap­tés à leurs mon­tures, ce qui entraîne des res­tric­tions dans les types de cor­rec­tions dis­po­nibles.

J’utilise donc deux mon­tures Demetz dif­fé­rentes avec 4 types de verres, tous pola­ri­sés et à ma vue : blancs, orange, jaune (classe 2) et mar­ron fon­cé (classe 3). Cela per­met de m’adapter à diverses condi­tions météo et sur­tout d’utiliser les lunettes pour autre chose que le trail : conduite, ran­don­née, ski…

monturesetverres

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Christophe

Fram(hack)tiviste, je fais du vélo et je mange des châtaignes.